Skip to content

SOS, transformation digitale en dérive

Extrait du journal de bord du directeur général d’une PME industrielle française qui raconte son « aventure digitale ». Cet article est une fiction, toute ressemblance avec une entreprise réelle est une pure coïncidence.

 

Acte 1 – La pression médiatique

Tout le monde parle de digital et même de transformation digitale. Mes clients, mes fournisseurs, mes concurrents, les médias… tout le monde n’a que ces mots à la bouche. LA TRANSFORMATION DIGITALE !! Je dois absolument trouver en quoi le digital est important pour mon entreprise. Je n’y comprends rien mais je sens que je suis en train de passer à côté de quelque chose. Et puis visiblement ce serait une question de survie.

Acte 2 – L’étincelle

Un collaborateur éclairé (ou un directeur enthousiaste ou un prestataire persuasif) me convainc de l’intérêt de lancer un premier projet digital : la digitalisation d’un process (ou un projet de marketing digital).

Acte 3 – Le fleurissement

J’ai commencé avec un projet et j’ai finalement plus d’une dizaine de projets « digitaux » en cours dans mon entreprise. D’opportunité en opportunité, le digital arrive de toutes parts. Puisque le digital est si important, je tends l’oreille à chaque fois que j’en entends parler, et je me laisse facilement convaincre. Je peux désormais dire que j ai entamé ma transformation digitale ! Je suis « up to date ». Je peux parler aux médias, à mes clients, à mes collaborateurs de la belle transformation digitale que j’ai entamé. Au delà de la com, je suis réellement rassuré par tous ces projets digitaux, je sens que je fais ce qu’il faut pour ma boite. Tout va bien.

Acte 4 – Le chaos

Je n’arrive pas à suivre de près tous ces projets digitaux et ils sont tous assez nébuleux pour moi (et probablement pour tous mes directeurs également). A leur lancement, tous ces projets digitaux servaient tous un objectif clair et précis, ils avaient même un ROI bien identifié et quantifié mais il est vrai que j’ai maintenant du mal à voir clairement les bénéfices et les raisons de la plupart de ces projets. Ils avancent tous beaucoup plus lentement que ce que l’on m’avait promis, certains sont même complètement arrêtés. Il y a toujours un pb qui retarde et délite le projet par rapport à la vision initiale.

Quant aux projets qui finissent enfin à sortir, leurs bénéfices ne sont finalement pas si évidents. J’ai parfois l’impression que le digital a généré plus de problèmes qu’il n’en a résolu. Mes équipes perdent un peu leur motivation et moi même, j’avoue être perdu. Même ma DSI semble perdue, dépassée et incapable de prendre en main ces projets.

Acte 5 – Le messie

Finalement je décide d’embaucher un expert du digital. Il me faut un pro à mes côtés qui puisse m’aider à y voir plus clair. J’ai besoin de quelqu’un pour me conseiller et redresser tous ces projets, les réactiver et les délivrer. Il me faut un « Chief Digital Officer », comme on dit, qui puisse fédérer les différents acteurs, mobiliser l’interne, rationaliser les investissements, mutualiser les ressources… Mon messie !

J’aimerais bien d’ailleurs qu’il prenne en charge l’innovation dans mon entreprise car, OK l’innovation c’est pas que du digital, mais quand même c’est souvent lié, non ? Et puis, entre nous, l’innovation, c’est comme le digital, je ne sais pas vraiment comment m’y prendre, tout le monde en parle mais je vois bien que je n’ai pas vraiment pris en main ce sujet.

Acte 6 – La déception

Mon expert du digital est arrivé mais j’ai dû me planter dans le recrutement : il semble perdu. Il peine à prendre en main les projets, à fédérer les équipes, à rationaliser les objectifs. J’en viens à douter de ses compétences. Il était tellement enthousiaste, motivé et confiant à son arrivée. Je le trouve aujourd’hui débordé, éteint et accablé.

Acte 7 – Le désintérêt

J’ai arrêté d’en attendre trop du digital et de mon expert du digital. J’ai compris qu’il fait de son mieux mais je crois que tout le monde exagère vraiment l’apport du digital. Il ne faut pas que j’en attende trop. Mon business tourne. C’est la crise en ce moment, mais j’en ai connu d’autres. Et puis j’ai en ce moment plusieurs sujets stratégiques sur lesquels je ne dois pas me louper : une acquisition, une ouverture sur le marché de l’Afrique pour une de mes lignes de produits, le redressement d’une de mes filiales, des difficultés à recruter de bons profils… Le digital, je m’en occuperai à nouveau quand tout ça sera réglé.

Acte 8 – La complexité

Sur tous ces sujets de développement, je m’appuie sur des experts externes, des cabinets et des structures d’accompagnement. C’est un peu lourd à gérer mais je ne peux pas faire sans eux. Souvent dans ces projets, le digital revient au centre des discussions. On me parle de temps en temps d’outils digitaux mais surtout de culture digitale, de nouveaux comportements de mes collaborateurs, de mes clients, de mes fournisseurs, on me parle des business models de mes concurrents, on me parle de nouveaux concurrents qui sont en train de révolutionner le marché et que je n’avais pas vu venir, on me parle de nouvelles façons de travailler, d’aborder mes clients, d’engager mes collaborateurs… le digital est finalement présent un peu partout.

Acte 9 – L’épiphanie

J’ai compris !!


Qu’est-ce que ce directeur général d’une PME industrielle française a compris ? Qu’a-t-il enfin réalisé ? A-t-il compris que la transformation digitale est une histoire humaine plus que technologique ? A-t-il compris que la transformation digitale concerne toute son entreprise, tous ses services, tous ses produits, tous ses collaborateurs ? A-t-il compris qu’il doit surtout transformer sa façon d’aborder le monde et son entreprise plutôt que de transformer seulement ses outils ? A-t-il compris qu’il est le seul à vraiment pouvoir porter la transformation digitale de son entreprise et qu’il ne peut pas déléguer cette prise de conscience et cette responsabilité ? A-t-il compris que tous les experts techniques et tous les consultants externes ne pourront jamais compenser son manque d’engagement dans la culture digitale ? A-t-il compris que le digitale n’est ni une menace ni un gadget ni une option ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? A votre avis, qu’a-t-il compris ? Quel est l’épilogue de cette fiction ?

Published inCarnet de route

4 Comments

  1. Jean S. Jean S.

    Acte 9 – L’épiphanie
    J’ai compris ! J’ai compris que je dois appliquer à mon entreprise ce que je m’applique à moi-même. En moins de 5 ans, j’ai changé mes habitudes personnelles, mes smartphones, mes ordi persos, j’ai changé ma façon de consommer l’actualité, les médias, j’ai changé ma façon d’acheter… mais je n’ai quasiment rien changé dans mon entreprise.

    • Kemi Kemi

      Je suis totalement d’accord avec cette réflexion, qui incarne ce qu’est selon moi la transformation digitale… Une évolution des modes de fonctionnements au sein de l’entreprise, au même titre que dans nos vies personnelles… Le Chief Data Officer, le Chief Digital Officer, sont les leviers à cette évolution, les prestataires sont les épaules.

  2. Sophie Parant Sophie Parant

    « J’ai compris ! J’ai compris que je dois m’appuyer sur mes équipes, sur les plus digitaux et les plus dynamiques de mes collaborateurs (et ce ne sont pas forcément les plus jeunes) pour en faire le moteur du changement. »

  3. Béatrice Bocquet Béatrice Bocquet

    J’ai compris que la transformation digitale n’est pas une question d’outils (comme la com d’ailleurs !). Que ce n’est pas une recette toute faite et que l’important c’est l' »accompagnement au changement » des hommes et des femmes. Je parlerais même plutôt d’accompagner les hommes et les femmes dans la recherche de leurs propres solutions, gage d’appropriation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *